Partager l'article ! 2008 CALENDRIER. Résidence à La chapelle Urée en Normandie.: J’ai gardé trace de moments significatifs ou insig ...
Anne-Marie Schoen
Ma réflexion sur l’illusion de la trace, de
l’héritage, de la mémoire, me pousse à rechercher une action artistique qui se vit au présent.
J’ai à cœur d’entrer en contact avec les gens en dehors des lieux de l’art dans un rapport de proximité, de solliciter leur participation à une création, de faire naitre de la rencontre et de l’échange des signes modestes, des traces éphémères, posés dans l’espace commun.
Dans cet esprit je cherche à proposer des actions participatives d’art de proximité, des performances, des installations hors des espaces habituellement consacrés à l’art. Je cherche à travailler avec d’autres artistes, plasticiens, artistes du spectacle vivant, sur des projets collectifs.
J’ai besoin aussi de me retrouver seule à l’atelier, une pratique s’enrichissant de l’autre.
J’ai conscience de la contradiction entre la conviction de l’inutilité fondamentale de la fabrication d’objets plus ou moins pérennes, le sentiment de nécessité d’être au présent sans bagage et le fait d’avoir une production d’atelier.
J’y suis cependant, pleinement présente, dans un corps à corps avec la matière, papier, crayon, peinture, argile, bois, corde…, dans le geste de travail, le mouvement du corps en action, corps qui reste, quoi qu’il arrive, notre bagage ultime et la condition de l’existence de la pensée et du langage qui nous définissent en tant qu’humains.
J’ai gardé trace de moments significatifs ou insignifiants -solitude, découverte de lieux inconnus, rencontres, conversations…-et j’ai restitué la mémoire de mon séjour dans un petit carnet, une double page par jour à laquelle s’ajoutent des dépliants, illustrés de photographies, de dessins, de documents récoltés…
2008 Résidence à la Chapelle Urée
Chaque rencontre a été concrétisée par l’emballage d’un objet choisi avec la personne rencontrée.
Chaque jour j’ai fait un paquet de ces objets emballés et j’y ai associé une étiquette brodée à la main portant la date du jour.
Ils ont été regroupés en une installation dans laquelle se lient, à travers ma propre mémoire, celles de toutes les personnes rencontrées. Cette installation pourrait s’appeler « Calendrier ».
C’est un travail sur le présent de la rencontre, sur la mémoire et sur l’oubli. J’ai adopté le comportement du voyageur qui cherche à fixer des souvenirs, à en rapporter chez lui pour garder la trace de son voyage.
L’emballage protège cette matière précieuse et dans le même temps il la dissimule, l’enfouit déjà dans l’oubli.
Reportage de Marc Confolent et Sandrine Bleas sur mon travail